Jaromír Junke, Composition (White Ball and Glass Cube), 1923, New York, Howard Greenberg Gallery
QUAND ?
12 – 13 mai 2025
OU ?
Campus Grands Moulins
Esplanade Pierre Vidal-Naquet Paris 13
Entrée E, 2étage, salle 278 F
PRESENTATION DE LA JOURNEE D’ETUDE
À la question « Qu’est-ce qu’une œuvre d’art ? », l’éclatement des pratiques et des manières de faire de l’art semble aujourd’hui nous priver d’une réponse univoque.
D’un côté, la diversification progressive des critères normatifs permettant de reconnaître à un objet ou à une production le statut d’œuvre d’art a sensiblement contribué à relativiser la distinction, jadis opératoire, entre les objets, qu’ils soient le résultat d’un travail artisanal ou d’une production industrielle, non destinés en eux-mêmes à l’appréciation esthétique, et les œuvres, fruits d’une création que détermine un contenu esthétique propre.
D’un autre côté, cette évolution du sens et du statut de l’œuvre d’art a eu pour effet d’intégrer au domaine artistique des productions qui ne revendiquaient plus nécessairement le statut d’œuvre, ou dont la forme spécifique rendait aussitôt maladroit l’usage de ce concept, comme si l’art pouvait exister indépendamment des œuvres qui, autrefois, permettaient de peupler et de circonscrire tout à la fois un domaine autonome et séparé des autres domaines de la réalité.
Cette situation artistique autant que théorique précise ainsi la question initiale en redéfinissant apparemment la tâche de l’esthétique comme de la philosophie de l’art, qui n’est plus tant de formuler normativement des critères susceptibles de distinguer par des caractères d’essence les œuvres des autres objets du monde, que de s’associer à une multiplicité artistique désormais irréductible pour définir des modes d’existence et des formes de réalité. La question « Qu’est-ce qu’une œuvre d’art ? » devient ainsi : « Comment les œuvres d’art, et plus généralement les productions artistiques, existent-elles ? ».
Loin de résoudre ou même d’annuler le problème de la distinction entre œuvres et objets, un tel programme théorique en réactive au contraire les difficultés, en interrogeant à nouveaux frais la double dimension de réalité et d’idéalité propre à l’œuvre d’art. Si l’on affirme généralement que la réalité et l’idéalité de l’œuvre s’opposent comme sa matérialité physique s’oppose à son sens, aux valeurs et aux représentations qui l’investissent, on peut légitimement s’interroger sur la validité de cette opposition dans le contexte d’une redéfinition constante des pratiques artistiques et de l’extension, à des degrés quelquefois insensibles, des frontières de l’art.
D’une part, et du point de vue de la diversité des types d’œuvres d’art (certaines ne possédant pas de support physique ou de substrat matériel), il est clair qu’une telle distinction risque de manquer précisément la réalité de chaque œuvre au profit d’une opposition conceptuellement restrictive et finalement abstraite. D’autre part, il s’agirait d’interroger le sens même de cette opposition et des concepts qui la constituent afin de penser la manière dont l’œuvre d’art, au lieu d’exister entre deux dimensions (matérielle et spirituelle, réelle et idéelle), crée toujours son mode d’existence spécifique, qui appelle une requalification de ces dimensions elles-mêmes.
La Journée d’étude « Réalité et idéalité de l’œuvre d’art » sera ainsi l’occasion d’examiner cette question sous plusieurs aspects. On s’attachera aussi bien à l’analyse d’œuvres d’art anciennes et à leur forme d’existence dans le contexte de leur réception, de leur interprétation et de leur restauration quand cela s’y prête, qu’à des œuvres ou à des productions artistiques plus contemporaines qui, soit, échappent au paradigme de l’œuvre d’art en redéfinissant ainsi le statut de la dualité conceptuelle réalité/idéalité, soit, qui s’y inscrivent toujours pleinement à des conditions que l’on dégagera sous cet horizon.
ORGANISATION
Quentin Gailhac | quentin.gailhac@u-paris.fr
Patricia-Luce Limido | patricia.limido@orange.fr
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