Une étude coordonnée par le Pr David Michonneau (Université Paris Cité / Inserm), publiée le 8 avril 2026 dans Science Translational Medicine, révèle que les mécanismes de résistance aux corticoïdes lors de la réaction du greffon contre l’hôte (GVHD) sont actifs dès les premiers stades de la maladie. En analysant à l’échelle cellulaire le sang de patientes et de patients allogreffées, les chercheuses et les chercheurs ouvrent la voie à des thérapies personnalisées.
Un défi majeur dans le traitement de la GVHD post-allogreffe
La réaction du greffon contre l’hôte (GVHD) reste l’une des complications les plus fréquentes et redoutables après une allogreffe de cellules souches hématopoïétiques (CSH). Touchant près de la moitié des patientes et des patients transplantées, cette pathologie se caractérise par une attaque des tissus de la receveuse ou du receveur par les cellules immunitaires de la donneuse ou du donneur, altérant gravement leur qualité de vie. Si les corticoïdes demeurent le traitement de référence pour juguler cette réponse immunitaire, leur efficacité se heurte à une limite majeure : environ 50 % des patients développent une corticorésistance. Jusqu’à présent, les rouages biologiques de cet échec thérapeutique restaient un mystère pour le corps médical.
L’équipe du Pr David Michonneau découvre une résistance active dès les premiers symptômes
Pour lever le voile sur ce mécanisme, l’équipe d’Immunologie translationnelle (Institut de Recherche Saint-Louis, U1342, Inserm, Université Paris Cité), membre de l’Institut de la Leucémie, sur le site de Hôpital Saint-Louis (AP-HP), coordonnée par le Pr David Michonneau, a mené des analyses d’une précision inédite. En collaboration avec l’AP-HP, l’Institut du Cerveau et le CHU de Tours, les scientifiques ont étudié les échantillons sanguins de deux cohortes multicentriques françaises (cohorte CRYOSTEM), prélevés au tout début de la GVHD et avant la moindre prise de corticoïdes. Grâce à des technologies de pointe permettant d’analyser le profil génétique des cellules immunitaires une par une (analyse cellule unique), les chercheuses et chercheurs ont fait une découverte surprenante. Les patientes et patients s’apprêtant à développer une résistance aux stéroïdes présentent, dès les premiers signaux de la maladie, une signature immunitaire bien spécifique. Plusieurs signaux inflammatoires clés suractivent de manière précoce les lymphocytes T, les engageant dans un programme d’action intense qui s’avère, par la suite, impossible à contrôler par les corticoïdes.
Vers des thérapies personnalisées et des inhibiteurs de l’inflammasome
Cette découverte clinique majeure change radicalement la donne pour la prise en charge des patientes et des patients. En démontrant que la corticorésistance est programmée avant même le début du traitement, les travaux de l’équipe du Pr Michonneau ouvrent la voie à un dépistage ultra-précoce des profils à risque. À terme, ces résultats partagés dans Science Translational Medicine permettent d’envisager le développement de stratégies thérapeutiques personnalisées, notamment via l’utilisation d’inhibiteurs de l’inflammasome pour prévenir la résistance et réduire la mortalité liée aux greffes. Enfin, ces mécanismes d’échappement aux stéroïdes pourraient s’appliquer à d’autres pathologies auto-immunes et inflammatoires, élargissant l’impact thérapeutique de cette innovation universitaire.
Soutiens et financements :
Menée sous la gestion de l’AP-HP, cette étude translationnelle a été soutenue par la DGOS (financement PRTS), la Fondation Leucémie Espoir, la Fondation CSL Behring, la Fondation Maladies Rares (via l’association AA-HPN), l’Index Immuno-oncologie de l’Université Paris Cité et le SIRIC In Situ.
Référence :
Corticosteroid resistance is predetermined by early immune response dynamics at acute graft-versushost disease onset, Sophie Le Grand, Yannick Marie, Delphine Bouteiller, Margo Fernandez, Gwendolyn Marguerit, Marion Lambert, Émeline Mundwiller, Émilie Robert, Régis Peffault de Latour, Gérard Socié, Nicolas Vallet, David Michonneau, Science Translational Medicine, 2026 DOI : https://www.science.org/doi/10.1126/scitranslmed.aeb7834
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