La nouvelle liste rouge européenne des abeilles, publiée le 26 février 2026, recense près de 2000 espèces et dresse un constat préoccupant : 172 espèces en Europe sont aujourd’hui menacées d’extinction. Dix ans après une première évaluation partielle, l’état des connaissances s’est considérablement affiné et les résultats confirment l’ampleur du déclin.
Une halicte en train de butiner.
© Aurèle B.
L’expertise de l’Université Paris Cité mobilisée à l’échelle européenne
Cette réévaluation, menée par un consortium scientifique international élargi, a bénéficié de la contribution d’Adrien Perrard, enseignant-chercheur à l’Université Paris Cité au sein du laboratoire iEES-Paris (Institut d’Écologie et des Sciences de l’Environnement de Paris), en tant que responsable de l’acquisition des données et de la synthèse de l’expertise pour un groupe d’espèces, les Ancylaini.
Au-delà de l’échelle européenne, l’Université Paris Cité est également impliquée dans l’évaluation du statut des 983 espèces présentes en France. La première liste rouge des abeilles de France, coordonnée par le Muséum national d’Histoire naturelle, devrait être publiée d’ici fin 2026. Les experts nationaux se sont récemment réunis à la station d’écologie forestière de Fontainebleau-Avon, rattachée à l’Université Paris Cité, pour finaliser ces évaluations.
Une mise à jour alarmante de l’état des pollinisateurs en Europe
En 2014, la première évaluation européenne avait identifié 72 espèces en danger imminent d’extinction, mais elle ne couvrait qu’une partie des espèces connues, faute de données suffisantes.
La liste rouge publiée en 2026 révèle désormais qu’au moins 172 espèces d’abeilles sauvages sont menacées d’extinction en Europe dans les prochaines décennies. Parmi les espèces les mieux documentées, plus d’une sur quatre présente une tendance au déclin, tandis que moins d’une sur soixante montre une dynamique positive. Ce travail collectif repose sur l’étude des besoins, de la répartition géographique des espèces et des pressions environnementales qui pèsent sur elles.
« Ce travail a permis de faire le bilan des principales causes de ces déclins, et certaines sont directement liées aux choix sociétaux à l’échelle de notre continent, tels que les modèles d’agriculture soutenus ou le développement urbain. », explique Adrien Perrard.
Les principales menaces identifiées sont :
- l’intensification de l’agriculture (monocultures, exposition aux pesticides et engrais, et dégradation des sols) affectant 608 espèces d’abeilles (dont 109 menacées) ;
- le changement climatique et l’augmentation des événements extrêmes (sécheresses, inondations, feux fréquents, etc.), modifiant la répartition des espèces et perturbant la synchronisation entre les abeilles et les plantes qu’elles pollinisent ;
- la destruction et la fragmentation des habitats liées à l’agriculture intensive et à l’urbanisation ;
- et l’utilisation de polluants chimiques tels que les insecticides, herbicides et microplastiques, ayant des effets toxiques sur la survie des abeilles.
Un enjeu écologique et sociétal majeur
Les abeilles jouent un rôle central dans la pollinisation d’une grande majorité des plantes sauvages et d’une part importante des cultures agricoles. Leur diversité, avec plus de 2 000 espèces en Europe et près de 1 000 en France, est un facteur clé de résilience des écosystèmes.
Aujourd’hui, l’homogénéisation des cortèges de pollinisateurs compromet la reproduction des plantes, en réduisant la quantité de graines et la qualité des fruits et légumes produits. Les plantes pourraient ainsi voir leur capacité d’adaptation aux changements globaux s’affaiblir, alors même que ces derniers ont déjà commencé à les affecter.
La valeur économique de la pollinisation, estimée entre 5 et 15 milliards d’euros par an en Europe, pourrait elle aussi se dégrader. Concrètement, ces tendances laissent présager une transition écologique de l’agriculture encore plus complexe, faute du soutien essentiel des pollinisateurs. Cela risque de fragiliser davantage les agriculteurs et, à terme, d’entraîner une hausse des prix des fruits et légumes pour les consommateurs.
Au-delà des enjeux économiques, le déclin des abeilles constitue un indicateur plus large de l’érosion de la biodiversité et de la dégradation des milieux naturels.
Quelles pistes pour inverser la tendance ?
La liste rouge ne constitue pas seulement un état des lieux. « Elle est un signal et une boussole pour aiguiller les décideuses et décideurs dans leurs choix d’efforts de conservation de notre patrimoine naturel. », précise Adrien Perrard.
Plusieurs leviers sont identifiés :
- la restauration et la protection des habitats naturels ;
- la diversification des cultures agricoles ;
- la réduction de l’usage des pesticides et engrais ;
- la sensibilisation et la diffusion des connaissances scientifiques auprès du grand public.
Les travaux en cours sur la liste rouge française permettront d’affiner ces priorités à l’échelle nationale et de mieux cibler les actions de conservation.
Face à l’accélération des pressions environnementales, cette nouvelle évaluation européenne rappelle que la préservation des abeilles dépasse la seule question de la biodiversité : elle concerne la santé des écosystèmes, la sécurité alimentaire et, plus largement, la résilience de nos sociétés.
Référence
European red list of bees – Measuring the pulse of European biodiversity
European Commission: Directorate-General for Environment, Michez D., Boustani M., Sentil A., Benrezkallah J. et al.
Publications Office of the European Union, 2026 | DOI : 10.2779/521877
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