Une nouvelle étude française conduite par l’AP-HP, l’Inserm et l’Université Paris Cité, suggère que le secouement du nourrisson n’est pas uniquement lié à ses pleurs. Cette étude révèle notamment que les auteurs de violences étaient souvent confrontés à des situations de stress, d’indisponibilité temporaire envers le nourrisson, de difficultés à gérer leurs émotions ou de manque de compétences parentales. Les résultats, publiés en mai 2026 dans la revue Child Abuse & Neglect, remettent en question les stratégies actuelles de prévention, principalement centrées sur la gestion des pleurs du nourrisson.
Le syndrome du bébé secoué, aujourd’hui appelé traumatisme crânien non accidentel, est un traumatisme infligé à un nourrisson, qui entraîne des lésions cérébrales provoquées par un secouement violent ou un impact. Cette forme de maltraitance a des conséquences particulièrement graves : décès dans certains cas, handicaps neurocognitifs et sensoriels à vie le plus souvent.
Les chercheuses et chercheurs ont souhaité identifier les mécanismes conduisant au passage à l’acte afin d’améliorer les stratégies de prévention actuelles. Ils se sont basés sur l’expérience des professionnels confrontés à ce type de situations, ainsi qu’au vécu des parents (non auteurs des faits) dont le nourrisson a été victime de cette maltraitance selon les conclusions judiciaires.
L’étude VEAVE II, menée entre mars et juillet 2024, a inclus 29 participants, dont 16 professionnels spécialisés (médecins, travailleurs sociaux, magistrats, experts psychologues et psychiatres), et 13 parents de nourrissons victimes de leurs pères, beaux-pères ou assistantes maternelles. Les entretiens, représentant 27 heures d’échanges et plus de 430 pages retranscrites, ont fait l’objet d’une analyse thématique.
VEAVE II montre que les pleurs du nourrisson ne suffisent pas à expliquer le passage à l’acte, mais sont un facteur déclenchant parmi d’autres facteurs de risque. L’état psychologique de l’adulte auteur des violences (stress, épuisement, surcharge émotionnelle et antécédents traumatiques) est cité par l’ensemble des participants comme facteur de risque. Les parents mettent en avant la mauvaise qualité relationnelle entre l’auteur des violences et le nourrisson, le manque d’empathie ou encore des interprétations erronées du comportement du nourrisson (par exemple en considérant les pleurs d’un nourrisson comme un « caprice » ou le signe d’un « caractère difficile »). L’étude identifie par ailleurs des moments particulièrement à risque de violences, notamment les premières fois où l’adulte se retrouve seul avec le nourrisson. Enfin, certains parents ont rapporté que l’auteur des faits connaissait les dangers du syndrome du bébé secoué, ce qui suggère que l’information ne suffit pas, à elle seule, à prévenir cette violence.
L’étude propose de considérer les pleurs du nourrisson non comme l’unique cause du passage à l’acte, mais comme un facteur de vulnérabilité qui, associé à d’autres éléments, pourrait y contribuer.
« Les résultats de ces travaux montrent la nécessité de faire évoluer les politiques de prévention. Les campagnes de prévention actuellement centrées sur les pleurs du nourrisson pourraient être complétées par :
- une meilleure prise en compte de l’état psychologique de l’adulte qui garde le nourrisson et de la qualité de leur lien ;
- un accompagnement dans les périodes de transition de garde des nourrissons ;
- une sensibilisation élargie à tous les adultes susceptibles de garder un nourrisson, et notamment aux pères étant donné leur moindre exposition aux actions proposées durant la maternité. », explique Madame Enora le Roux, chercheuse au sein de l’unité d’épidémiologie clinique à l’hôpital Robert-Debré AP-HP, coordinatrice de ces travaux.
Dans le cadre de la FHU VEAVE, cette étude a été coordonnée par Madame Enora le Roux (unité d’épidémiologie clinique à l’hôpital Robert-Debré AP-HP), et le Pr Martin Chalumeau (service de néonatologie à l’hôpital Cochin – Port-Royal AP-HP), tous deux affiliés à l’Inserm et à l’Université Paris Cité.
Référence
Understanding abusive head trauma related factors: A qualitative study of victim’s parents and professionals in France
Victoria Prokofieva, Luc Goethals, Fabien Fenouillet, Flora Blangis, Christine Lebreton, Pauline Estrade, Martin Chalumeau, Enora Le Roux.
Child Abuse & Neglect (2026) | DOI : 10.1016/j.chiabu.2026.108082
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