Philippe Beaune, lauréat 2026 de la Médaille de l’engagement de l’Université Paris Cité

 

Professeur émérite de biochimie et de biologie moléculaire à la Faculté de Santé de l’Université Paris Cité (2017-2026), Philippe Beaune est pharmacien, docteur ès sciences, ancien interne des hôpitaux de Paris et titulaire d’une maîtrise de biochimie.

Sa carrière académique et hospitalo-universitaire, marquée par un parcours à la Faculté de Médecine de l’Université Paris Cité (assistant de 1971 à 1978, maître de conférences de 1978 à 1988, puis professeur de classe exceptionnelle de 1988 à 2017), s’appuie sur une formation nationale et internationale de premier plan, notamment au laboratoire de chimie de l’ENS, à l’Université de Liège, ainsi qu’à la Vanderbilt University (États-Unis).

Tout au long de son parcours, il a exercé de hautes responsabilités de direction hospitalière, scientifique et pédagogique : il a été à la tête du service de biochimie  pendant 16 ans, responsable du pôle biologie et responsable qualité de ce même pôle au sein de l’Hôpital Européen Georges-Pompidou (HEGP), directeur de l’unité UMRS 490 INSERM (Toxicologie moléculaire) durant 8 ans, membre de commissions de l’INSERM, ainsi que des conseils scientifiques de l’AFSSAPS, de l’INRA (Nutrition-Toxicologie) et de l’AP-HP. Il a également été responsable de l’enseignement de biochimie et de biologie moléculaire à la Faculté de Médecine Paris Descartes pendant 8 ans, et responsable du DEA national puis du Master 2 de toxicologie pendant 24 ans.

Spécialiste de renommée internationale du métabolisme des xénobiotiques chez l’homme (cytochromes P450, CYPs) et de ses variations, les travaux de Philippe Beaune ont été pionniers dans plusieurs domaines clés de la pharmacotoxicologie, de l’immunotoxicologie, de la pharmacogénétique et de la thérapie génique des cancers, aboutissant à l’acquisition de trois brevets et à la création de la start-up COGITh. Il a été parmi les premiers scientifiques à purifier, cloner et exprimer des CYPs humains.

Auteur de près de 330 articles scientifiques, Philippe Beaune figure parmi les ISI Highly Cited Researchers en pharmacotoxicologie et parmi les 300 chercheurs français les plus cités entre 1982 et 1998. Ses recherches ont notamment fait la couverture de revues prestigieuses telles que Cancer Research (1994) et Molecular Pharmacology (2008).

Philippe Beaune a organisé trois congrès internationaux d’envergure (1994 Drug Metabolism Workshop, 2003 ISSX, 2007 ESF Pharmacogenetics). Ancien président de l’European Society of Biochemical Pharmacology, il a également été membre du conseil d’administration de l’ISSX et du comité Drug Metabolism de l’IUPHAR. Il a été membre du comité éditorial et réviseur de revues internationales majeures (Mol. Pharmacol., J. Biol. Chem., Hepatology, etc.).

En 2022, il est nommé responsable puis référent intégrité scientifique coordinateur pour la Faculté Santé de l’Université Paris Cité. Il dispense également des formations à l’intégrité scientifique (Master, HDR) et intervient comme évaluateur agréé COFRAC depuis 2017 pour le développement de la qualité.

Il est chevalier de la Légion d’honneur (promotion 2011).

 

Entretien

Que représente pour vous la Médaille de l’engagement de l’Université Paris Cité ?

Recevoir cette médaille m’a fait un immense plaisir, c’est un véritable honneur.

J’ai été sensibilisé très tôt à la notion de service public. Cela a été pour moi un engagement total, que ce soit au service des médecins et des patients ou dans l’enseignement, pour faire en sorte que les étudiants s’approprient pleinement les savoirs.

Cette reconnaissance de l’institution est un peu comme un regard extérieur posé sur l’ensemble de mes activités. Recruté comme attaché assistant en 1971, j’y vois une validation de ces 55 années passées et de mon implication dans tous les domaines de mon métier : la recherche, l’enseignement, l’hôpital, sans oublier les différentes responsabilités que j’ai eu la chance d’assumer, que ce soit en tant que référent à l’intégrité scientifique, de directeur de centre de recherche ou encore de responsable de master.

J’ai également eu une activité internationale assez dense, avec l’organisation de trois congrès internationaux et ma participation à de nombreux comités scientifiques, que ce soit pour l’AP-HP, l’Inrae, l’Agence du médicament.

J’ai initié la démarche qualité à l’hôpital, à l’HEGP, avant de devenir évaluateur COFRAC. En 2013, sous mon impulsion, le pôle que je dirigeais a d’ailleurs été le tout premier du Pôle de biologie à être accrédité sur plus de 50 % de son activité. Cela a demandé un travail de titan : il a fallu mobiliser beaucoup de monde, former les équipes et vérifier l’ensemble des procédures. C’est à la suite de cette belle aventure collective que je suis naturellement devenu évaluateur dans les laboratoires.

Qu’appréciez-vous particulièrement dans le cadre de votre travail avec l’Université Paris Cité ?

J’ai beaucoup apprécié le service public et cela, dès ma première expérience à l’hôpital en tant qu’interne : c’était passionnant d’aider les médecins à soigner les malades, alliant à la fois les aspects intellectuels et pratiques.

L’enseignement m’a également beaucoup plu : je me suis senti utile et j’ai apprécié transmettre mes connaissances aux étudiantes et étudiant ainsi que la possibilité de faire évoluer les méthodes pédagogiques

J’ai également beaucoup aimé la recherche. J’ai particulièrement apprécié la liberté académique, de choisir mes propres sujets de recherche, de les orienter et de les traiter comme je le souhaitais. Cela a permis d’explorer de nouvelles directions, ce qui est extrêmement enrichissant tant pour les sujets abordés que pour le développement de nouvelles approches. Cette liberté académique – c’est beaucoup moins le cas aujourd’hui – s’est avérée essentielle, particulièrement efficace et couronnée de succès.

C’était vrai aussi à l’hôpital : cette souplesse nous a permis d’explorer et de développer de nouveaux tests pour mieux comprendre la toxicité des médicaments, menant par exemple à la création de l’unité de pharmacogénétique, que nous avons été les premiers à introduire en France grâce à cette agilité.

Quels ont été les moments les plus marquants de votre carrière ?

Parmi les moments les plus marquants de ma carrière, je retiens d’abord mon arrivée à l’hôpital, en tant qu’interne à Necker. Ça a été une véritable révélation : alors que je m’ennuyais beaucoup pendant mes études et que j’avais compris comment réussir facilement les examens, j’ai réalisé brusquement à quel point ce qu’on nous apprenait était utile et concret, puisque cela sert directement aux malades.

Ensuite, mon entrée à l’université a été un tournant fort : m’investir dans ce double poste d’enseignant-chercheur m’a énormément plu.

J’ai également été profondément marqué par mes séjours postdoctoraux, d’abord en Belgique à l’Université de Liège, puis aux États-Unis à l’Université Vanderbilt à Nashville. Découvrir d’autres manières de travailler et d’aborder la recherche a été formateur. À Nashville, par exemple, en purifiant des protéines, je me suis rendu compte qu’on faisait déjà exactement la même chose en France. Cela m’a apporté un vrai gain de confiance dans la validité de mes propres résultats. Intégrer un laboratoire d’excellence vous ouvre l’esprit, enrichit vos connaissances — bien au-delà du simple nombre de publications — et vous donne une véritable dimension internationale. C’est d’ailleurs grâce à cette dynamique que l’on m’a demandé d’organiser un congrès européen en 1990, puis un congrès international en 2003.

Enfin, mon retour à l’hôpital en 2000, avec ma nomination comme chef de service à l’hôpital Georges-Pompidou, a marqué une autre grande étape. C’était un tout autre métier : pendant une quinzaine d’années, j’ai endossé des responsabilités de management, de gestion des ressources humaines et d’administration.

Des projets pour la suite ?

Même si j’ai pris officiellement ma retraite en 2017, j’ai continué à travailler à l’hôpital pendant trois ans.

Aujourd’hui, je m’investis beaucoup dans la vie locale et culturelle, de ma ville, Étampes : j’organise chaque année une journée thématique et des conférences avec le soutien de l’agglomération.

Enfin, je me suis attaqué à un tout nouveau défi personnel et intellectuel : je prépare actuellement une thèse d’Histoire consacrée au rôle des scientifiques dans le débat intellectuel et politique des années 1930 à 1950.