Les 19 et 20 mai derniers, Édouard Kaminski, président de l’Université Paris Cité, était auditionné par la commission d’enquête sénatoriale sur « la capacité des universités françaises à garantir l’excellence académique du service public de l’enseignement supérieur », puis s’est exprimé devant la commission des affaires culturelles de l’Assemblée nationale au nom de France Universités. Édouard Kaminski y a dressé un bilan des politiques publiques d’enseignement supérieur et de recherche. Entre réussites structurelles et alertes financières, retour sur les messages clés de ce double grand oral.
Commission d’enquête sénatoriale sur « la capacité des universités françaises à garantir l’excellence académique du service public de l’enseignement supérieur »
Analyse de la trajectoire universitaire française depuis 20 ans : un rayonnement fragilisé par les limites budgétaires
Devant les députés, Édouard Kaminski a dressé un bilan contrasté des deux dernières décennies : « Ces 20 dernières années ont été une révolution pour les universités avec une entrée fracassante de la recherche au sein de leurs priorités. » Grâce aux investissements de France 2030 (IdEx, i-SITES), une dizaine d’universités françaises ont ainsi atteint un rayonnement et une visibilité au niveau mondial.
Pourtant, cela ne se traduit pas par une hausse de l’impact scientifique global de la France, mais plutôt par une baisse relative, notamment face à de nouveaux géants comme la Chine. La raison en est simple : la production scientifique et son impact sont directement proportionnels aux financements reçus.
- Or en 2023, la France plafonne à 2,2 % de son PIB investi dans la recherche (l’objectif de la loi pluriannuelle de recherche était de 3 %).
- Alors que les voisins européens tournent autour de 4 %, et que l’Asie grimpe entre 6 % et 9 %.
Les premiers bilans montrent que les investissements prévus par la loi de programmation de la recherche restent en dessous des trajectoires initialement annoncées, créant un effet déceptif dans les laboratoires et engendrant une baisse de compétitivité de la recherche française à l’échelle internationale selon Édouard Kaminski.
L’Université Paris Cité : concilier massification et recherche de pointe
À l’échelle d’UPCité, Édouard Kaminski témoigne de l’efficacité et de la réussite du modèle d’université de recherche intensive professionnalisante. Portée par sa fusion, l’université s’illustre par ses performances en recherche :
- 60e au classement de Shanghai ;
- 37e mondiale pour l’impact de ses publications selon le classement de Leiden, représentant à elle seule 10 % des publications à impact au sein de l’écosystème français ;
- 5e mondiale en termes de transfert d’innovation selon le classement Clarivate.
Le défi reste d’accompagner l’impact économique de la recherche financée sur fonds publics : la moitié des innovations de l’université est actuellement valorisée à l’étranger. Pour y remédier, l’université s’est adossée à un fonds soutenu par des fonds souverains français, garantissant que les start-ups issues de ses laboratoires se développent et restent sur le territoire national. Rappelant que 1 € investi dans la recherche génère 3 à 4 € pour l’économie, le président appelle à sanctuariser les budgets de la recherche et à leur donner une visibilité réellement pluriannuelle.
Réussir le défi de l’attractivité européenne
En soulignant que l’application de droits d’inscription différenciés pour les étudiants extra-communautaires risque d’être inefficace et s’avère d’ores et déjà contradictoire, avec l’attribution de bourses d’excellence, Édouard Kaminski met en avant les limites économiques de cette mesure. Selon lui, ce filtrage financier est contre-productif et affaiblit un levier pourtant crucial de diplomatie scientifique et de souveraineté, notamment en ce qui concerne l’accueil des étudiants africains : « Si la France laisse la formation des élites francophones à d’autres pays, on aura perdu le levier d’accompagnement de l’évolution de l’Afrique, qui sera le continent de l’avenir ».
Dans le cadre du durcissement de la concurrence internationale, l’Europe dispose d’une carte maîtresse : la liberté académique et la stabilité politique. L’initiative Choose France porte déjà ses fruits, permettant par exemple à UPCité d’attirer des chercheuses et des chercheurs d’excellence expatriés, notamment pour prendre la direction de grands instituts tels Pasteur, l’IPGP ou encore Imagine.
Parcoursup et innovation pédagogique : l’université comme espace de maturation
Interrogé sur la sélection en licence, le président rappelle la tension sur Parcoursup : 400 000 vœux pour moins de 10 000 places à UPCité. Pour autant, plus qu’un simple outil de tri, Édouard Kaminski souligne que l’université doit demeurer un espace de confirmation, mais aussi de réorientation et de maturation des parcours.
Enfin, face aux lacunes scientifiques des nouveaux bacheliers, Édouard Kaminski réaffirme l’importance cruciale des mathématiques dans le secondaire et salue leur retour obligatoire au lycée. Si UPCité mise sur l’agilité et l’innovation pour accompagner les nouvelles étudiantes et nouveaux étudiants, l’établissement prouve aussi sa capacité à agir concrètement : le président salue ainsi l’efficacité de l’année de transition PaRéO, un véritable tremplin pour consolider les compétences fondamentales et accompagner différemment les trajectoires individuelles.
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