Le professeur Michel Azizi, chef de Service (Centre d’Excellence en Hypertension Artérielle de l’HEGP – AP-HP) et coordonnateur du CIC1418 APHP-Inserm-Université Paris Cité a coordonné les travaux des équipes d’Université Paris Cité, de l’hôpital européen Georges-Pompidou AP-HP, de l’Inserm et de l’hôpital Presbytérien de New-York, pour démontrer le bénéfice tensionnel de la dénervation rénale endovasculaire par ultrasons focalisés dans les cas d’hypertension artérielle résistante aux traitements médicamenteux.
Après des premiers résultats positifs dans l’hypertension artérielle (HTA) légère à modérée publiés dans The Lancet en 2018, de nouveaux résultats prometteurs ont été obtenus chez des patients ayant une HTA sévère et résistante aux traitements médicamenteux dans l’étude internationale RADIANCE TRIO. Ils ont fait l’objet d’une nouvelle publication, le 16 mai 2021, dans la revue The Lancet.
Dans cette étude conçue et menée par le Pr Michel Azizi en collaboration avec une start-up américaine (ReCor Medical), la dénervation rénale par voie endovasculaire a consisté à interrompre l’activité électrique des nerfs du système nerveux sympathique à destinée rénale en délivrant des ultrasons focalisés par l’intermédiaire d’un cathéter.
Pour cette étude, 136 patients, dont 80% d’hommes avec un âge moyen 52 ans, ayant une HTA résistante à une combinaison de trois médicaments antihypertenseurs administrés en un seul comprimé, ont été répartis par tirage au sort dans deux groupes : l’un traité par dénervation rénale par ultrasons et l’autre par intervention « factice » (« sham » en anglais) consistant en une artériographie diagnostique. Ni les patients, ni l’équipe médicale assurant le suivi ne connaissaient le groupe auquel les patients avaient été assignés par le tirage au sort.
Les résultats ont montré que la dénervation rénale réduisait la pression artérielle chez des patients ayant une HTA résistante à une trithérapie antihypertensive conduite selon les recommandations actuelles.
En effet, après deux mois de suivi sans modification du traitement antihypertenseur sauf pour impératif de sécurité, les résultats de l’étude montrent que:
- la pression systolique ambulatoire diurne a été réduite de 8 mmHg dans le groupe dénervation alors qu’elle n’a été réduite que de 3 mmHg dans le groupe « sham », soit une différence cliniquement pertinente de 4,5 mmHg en faveur de la dénervation rénale ;
- 67% des patients traités par dénervation rénale ont eu une réduction ≥ 5 mmHg contre 42% dans le groupe « sham » ;
- 38% des patients non contrôlés par le traitement antihypertenseur à la randomisation ont eu leur pression artérielle normalisée deux mois après la dénervation rénale tout en conservant le même traitement médicamenteux ;
- Il n’y a eu qu’une seule complication réversible (pseudoanévrisme) au niveau de la ponction sur l’artère fémorale.
« Les patients ayant une HTA résistante, c’est-à-dire en échec thérapeutique malgré la prise correcte des médicaments antihypertenseurs, sont ceux les plus à risque d’avoir une complication de l’HTA. Le maintien à long terme de la réduction tensionnelle après une procédure de dénervation rénale aurait des conséquences bénéfiques en termes de réduction des évènements cardiovasculaires et cérébrovasculaires chez ces patients. Le suivi à 6, 12 et 36 mois est en cours et donnera des indications sur le maintien à distance de la baisse tensionnelle. Ces nouveaux résultats positifs avec ceux obtenus dans l’HTA légère à modérée, démontrent que la dénervation rénale abaisse la pression artérielle dans tout le spectre de l’HTA. Néanmoins, il existe une variabilité interindividuelle de la réponse sur laquelle nous travaillons » explique le Pr Michel Azizi.
Le programme de recherche RADIANCE-II se poursuit actuellement.
En France, l’hypertension artérielle touche environ 30% de la population et peut conduire à des complications cardiovasculaires, cérébrovasculaires et rénales graves, parfois mortelles. Malgré la disponibilité de nombreuses classes médicamenteuses différentes, l’HTA reste mal contrôlée chez plus de 45% des patients hypertendus en France [1] et dans le monde.
[1] étude épidémiologie ESTEBAN menée par Santé Publique France
(*mmHg : millimètre de mercure)
Références
Ultrasound renal denervation for hypertension resistant to a triple medication pill (RADIANCE-HTN TRIO): a randomised, multicentre, single-blind, sham-controlled trial : Michel Azizi*, Kintur Sanghvi, Manish Saxena, Philippe Gosse, John P Reilly, Terry Levy, Lars C Rump, Alexandre Persu, Jan Basile, Michael J Bloch, Joost Daemen, Melvin D Lobo, Felix Mahfoud, Roland E Schmieder, Andrew S P Sharp, Michael A Weber, Marc Sapoval, Pete Fong, Atul Pathak, Pierre Lantelme, David Hsi, Sripal Bangalore, Adam Witkowski, Joachim Weil, Benjamin Kably, Neil C Barman, Helen Reeve-Stoffer, Leslie Coleman, Candace K McClure, Ajay J Kirtane*, on behalf of the RADIANCE-HTN Investigators†. The Lancet.
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