Une équipe internationale, impliquant des chercheurs du CEA, du CNRS et de l’Université Paris Cité, a identifié 39 galaxies jusqu’alors inconnues, grâce au télescope Alma. Ces galaxies « adultes » invisibles – dites « noires » -, dont la formation remonte à moins de 2 milliards d’années après le Big Bang, constituent le chaînon manquant pour comprendre l’évolution globale des galaxies massives dans l’Univers. L’étude a été publiée dans Nature, le 8 août 2019.
Quatre des galaxies noires découvertes grâce au télescope ALMA et leurs positions dans une image Hubble. @CEA
Une équipe internationale publie une étude dans Nature, le 8 août 2019, révélant l’existence de 39 galaxies invisibles, dites « noires ». Elles constituent le chaînon manquant de l’évolution entre deux populations de galaxies déjà connues : les nombreuses galaxies jeunes et visibles de l’Univers lointain d’une part, et les galaxies « mortes » très massives et moins lointaines d’autre part. À masse égale, les galaxies noires sont dix fois plus abondantes et forment jusqu’à cent fois plus d’étoiles que la première population ! Elles témoignent d’un événement majeur dans l’histoire des galaxies et permettent notamment d’élucider l’origine des galaxies dites « massives », dont les descendantes sont aujourd’hui des galaxies « mortes », ne formant plus de nouvelles étoiles.
Ces galaxies noires parmi les plus massives de l’Univers jeune1 sont dix fois plus nombreuses que celles observées jusque-là en lumière visible avec le télescope spatial Hubble et sont, selon les chercheurs, les ancêtres des galaxies elliptiques2 plus massives encore que notre Galaxie. En effet, « ces galaxies détectées par Alma3 constituent probablement la première population de galaxies elliptiques massives formées dans l’Univers jeune », explique David Elbaz, astronome du CEA au laboratoire AIM (Université Paris Cité /CEA/CNRS) et coauteur de la publication, « mais il y a un problème. Elles sont étonnamment abondantes ». En effet, 90 % des galaxies massives datant du premier milliard d’années après le Big Bang formèrent leurs étoiles de manière totalement invisible au télescope Hubble.
Cette découverte de l’équipe internationale est surprenante. Elle révèle que l’Univers a été capable en moins d’un milliard d’années de donner naissance à des galaxies aussi massives que la Voie lactée. En revanche, il paraît très compliqué d’expliquer, avec les modèles actuels, comment l’Univers a créé avec une très grande efficacité ces galaxies. Cela ouvre les portes de la compréhension des premiers milliards d’années de l’histoire de l’Univers.
Des galaxies massives dans d’épais nuages de poussière
Avant d’identifier ces galaxies noires, les chercheurs avaient d’abord remarqué la présence de sources de lumière dans l’infrarouge moyen sur les images du satellite Spitzer, dans des régions où les images de Hubble étaient complètement vides. Malheureusement la faible résolution spatiale du télescope spatial Spitzer ne permettait pas d’identifier ces taches lumineuses.
Le télescope Alma, télescope le plus puissant au monde, basé au Chili dans le désert d’Atacama et composé d’une cinquantaine antennes radio de 12 mètres de diamètre, a permis, en moins de deux minutes, de percer le mystère des taches de lumière. Avec une qualité d’image à très haute résolution spatiale grâce à la technique d’interférométrie4 et sa capacité d’analyse du rayonnement de la poussière d’étoiles, Alma a détecté ces galaxies très éloignées, enveloppées de poussière interstellaire qui produit un effet d’écrantage en lumière visible et les rend invisibles.
L’abondance de la poussière interstellaire est caractéristique de ces galaxies massives d’époques reculées. La poussière absorbe le rayonnement ultraviolet émis par les étoiles et réémet de la lumière dans l’infrarouge lointain qui est décalée jusqu’aux ondes submillimétriques par l’expansion de l’Univers. La recherche de ces galaxies avait jusqu’à présent échoué car elle reposait essentiellement sur des images dans le domaine visible ou proche infrarouge, où ces galaxies sont totalement invisibles. L’abondance de poussière interstellaire très supérieure à ce que prévoient les modèles représente également un nouveau défi à expliquer pour les astrophysiciens.
Bibliographie
A dominant population of optically invisible massive galaxies in the early Universe, T. Wang, C. Schreiber, D. Elbaz, Y. Yoshimura, K. Kohno, X. Shu, Y. Yamaguchi, M. Pannella, M. Franco, J. Huang, C.-F. Lim & W.-H. Wang, Nature, 8 août 2019, DOI : 10.1038/s41586-019-1452-4
1L’Univers jeune est la période qui s’est écoulée entre quelques centaines de millions d’années et deux milliards d’années après le Big Bang.
2Une galaxie elliptique est une galaxie de forme ellipsoïdale, dite « morte », car elle ne forme plus de nouvelles étoiles.
3Atacama Large Millimeter Array
4L’interférométrie est une technique consistant à combiner les images de plusieurs télescopes pour obtenir un gain majeur en précision (résolution angulaire).
À lire aussi
Journée mondiale de la drépanocytose : l’inIdEx GR-Ex mobilise chercheurs, soignants et associations autour d’un enjeu majeur de santé publique
À l'occasion de la Journée mondiale de la drépanocytose, l'Initiative d'Excellence GR-Ex a réuni le 19 juin 2026 à la mairie du XVe arrondissement de Paris chercheurs, professionnels de santé, associations de patients, partenaires institutionnels et grand public pour...
[Syndrome de Cloves] L’Agence européenne des médicaments autorise la mise sur le marché de l’alpelisib
4 ans après l’autorisation accordée aux États-Unis par la Food and Drug Administration (FDA), l’Agence européenne des médicaments vient d’approuver l’alpelisib pour le traitement des formes graves des syndromes hypertrophiques liés au gène PIK3CA, dont le syndrome de...
Syndrome du bébé secoué : une étude française invite à repenser les modèles actuels de prévention
Une nouvelle étude française conduite par l’AP-HP, l’Inserm et l’Université Paris Cité, suggère que le secouement du nourrisson n’est pas uniquement lié à ses pleurs. Cette étude révèle notamment que les auteurs de violences étaient souvent confrontés à des situations...
Une fécondité historiquement basse au Maghreb
Après avoir connu une transition de la fécondité parmi les plus rapides au monde, le Maghreb entre aujourd’hui dans une nouvelle phase avec une fécondité basse qui semble durablement installée. Dans le nouveau numéro de Population et Sociétés, les démographes Zahia...