Une équipe de chercheurs et de médecins du service de psychiatrie et addictologie de l’hôpital Corentin-Celton – AP-HP, d’Université Paris Cité et de l’Inserm, coordonnée par le Dr Nicolas Hoertel et le Pr Frédéric Limosin, a étudié l’association entre la prise de certains traitements antidépresseurs et la réduction du risque d’intubation ou de décès chez les patients hospitalisés pour COVID-19.
Cette étude observationnelle a été réalisée à partir de l’Entrepôt des Données de Santé de l’AP-HP qui collecte des données relatives aux patients hospitalisés dans les différents hôpitaux de l’AP-HP. Les résultats de l’étude suggèrent une association significative entre la prise de certains antidépresseurs et une diminution du risque de décès ou d’intubation.
Ces résultats sont en accord avec des données in vitro montrant que ces traitements antidépresseurs spécifiques inhibent en quelques heures l’activité de la sphingomyélinase acide, une enzyme qui semble influencer la pénétration intracellulaire du virus SARS-CoV-2.
Parmi les 7 230 patients adultes hospitalisés pour la COVID-19 à l’AP-HP entre le 24 janvier et le 1er avril 2020, correspondant au premier pic épidémique, et pour lesquels les données nécessaires étaient disponibles, 345 patients (4,8%) avaient une prescription de traitement antidépresseur dans les 48 premières heures suivant leur admission. Ces patients avaient un risque d’intubation ou de décès diminué de plus de 40% comparé aux patients qui n’avaient pas pris de tel traitement (analyse multivariée : Hazard Ratio, 0.56; 95% CI, 0.43 to 0.73, p<0.001). L’étude suggère une réduction de ce risque pour certains antidépresseurs inhibiteurs de la recapture de la sérotonine (ISRS) (fluoxétine, paroxétine, escitalopram) et certains antidépresseurs non-ISRS (venlafaxine et mirtazapine), avec une réduction du risque comprise entre 42% et 78% selon la molécule.
Suite à la publication en ligne des premiers résultats de ce travail par les médecins de l’hôpital Corentin-Celton – AP-HP en juillet 2020, un essai clinique randomisé versus placebo de phase précoce a été mis en place aux Etats-Unis pour évaluer l’effet de la fluvoxamine, un antidépresseur ISRS inhibant l’activité de la sphingomyélinase acide, chez des patients atteints de COVID symptomatiques suivis en ambulatoire. Les résultats, publiés dans le JAMA en novembre 2020, montrent qu’aucun des 80 patients traités par fluvoxamine ne présentait d’aggravation clinique, contre 6 des 72 patients recevant un placebo.
Ces résultats encourageants nécessitent d’être confirmés par des essais randomisés comparatifs en double insu à grande échelle.
Référence : Hoertel N et al. Association between antidepressant use and reduced risk of intubation or death in hospitalized patients with COVID-19: results from an observational study.
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