De plus en plus de champignons deviennent résistants aux traitements antifongiques, compliquant la prise en charge des patientes et patients les plus fragiles. Dans un appel publié dans Nature Medicine en mai 2026, cinquante chercheuses et chercheurs du monde entier demandent une mobilisation urgente face à cette menace encore largement sous-estimée.
Boîte de Pétri dans laquelle se trouve la levure Candida auris.
Un nouveau plan vise à mieux protéger les patientes et patients vulnérables
Les champignons présents dans notre environnement deviennent de plus en plus résistants aux antifongiques, les médicaments utilisés pour traiter les infections dues à une prolifération de champignons. Si ces champignons représentent généralement peu de danger pour les personnes en bonne santé, ils peuvent provoquer des infections graves, voire mortelles, chez les patients immunodéprimés.
Certaines espèces inquiètent particulièrement les spécialistes. C’est le cas de Candida auris, responsable d’infections invasives graves chez les patients vulnérables : un patient sur trois atteint de cette infection n’y survit pas. D’autres champignons résistants émergent également, comme Trichophyton indotineae, qui provoque des infections cutanées difficiles à traiter, ou encore Aspergillus fumigatus, dont la résistance aux azolés progresse à l’échelle mondiale et limite les options thérapeutiques disponibles.
Face à cette menace, cinquante chercheuses et chercheurs issus de seize organisations internationales, dont le Dr Eric Dannaoui, MCU-PH à l’Université Paris Cité et à l’AP-HP Centre (Unité de Parasitologie-Mycologie de l’hôpital Necker), publient un appel à l’action dans la revue Nature Medicine. Leur objectif : intégrer pleinement la résistance fongique dans les stratégies mondiales de lutte contre la résistance aux antimicrobiens, jusqu’ici principalement centrées sur les bactéries et les virus.
Un plan en cinq étapes
Les expertes et experts proposent un plan d’action en cinq étapes pour mieux surveiller, prévenir et limiter l’augmentation des champignons résistants aux antifongiques. Ce plan repose sur :
- le renforcement de la sensibilisation ;
- l’amélioration de la surveillance ;
- la prévention et le contrôle des infections ;
- une utilisation optimisée des antifongiques ;
- des investissements accrus dans la recherche et les politiques de santé.
Cette publication dans Nature Medicine intervient à un moment clé, alors que l’Organisation mondiale de la santé (OMS) prépare une mise à jour de son Plan d’action mondial sur la résistance aux antimicrobiens courant 2026.
Les champignons sont partout
Les chercheuses et chercheurs soulignent que cette résistance aux antifongiques ne se développe pas uniquement dans les hôpitaux, mais principalement dans l’environnement. Les fongicides utilisés pour protéger les cultures contre les maladies fongiques sont chimiquement proches des antifongiques employés en médecine. Leur utilisation en agriculture permet ainsi aux champignons de développer une résistance à ces substances, pouvant ensuite compromettre l’efficacité des traitements chez les patientes et patients atteints d’infections fongiques graves.
L’utilisation de composés antifongiques dans différents domaines illustre l’importance de l’approche « One Health », qui considère comme étroitement liées la santé environnementale, la médecine vétérinaire et la médecine humaine.
Des actions complémentaires indispensables
Pour garantir à la fois la sécurité alimentaire mondiale et l’efficacité des traitements des maladies fongiques, des collaborations multidisciplinaires et multisectorielles sont nécessaires, impliquant des scientifiques de divers horizons, des parties prenantes et des décideurs politiques.
Certaines initiatives visant à faciliter les interventions « One Health » sont déjà en cours, notamment le plan directeur de la liste prioritaire des agents pathogènes fongiques de l’OMS, décrivant les étapes nécessaires pour freiner la résistance aux antifongiques, ainsi que la création de groupes de travail « One Health » au sein des principales sociétés internationales de mycologie.
Toutefois, ces initiatives doivent être intégrées dans les politiques mondiales de lutte contre la résistance aux antimicrobiens. La communauté mondiale de la mycologie appelle désormais à faire de la résistance aux antifongiques une priorité dans ces politiques et à mettre en œuvre les mesures nécessaires.
Référence
Closing the Gap on Antifungal Resistance.
PE Verweij, A Alastruey‑Izquierdo, K Amilon, MC Arendrup, D Armstrong‑James, E Bignell, DR Boulware, J Brandão, M Bromley, GD Brown, JB Buil, A Chakrabarti, M Chayakulkeeree, T Chiller, A Chindamporn, AL Colombo, OA Cornely, E Dannaoui, PJ Dufresne, A Forastiero, J Gangneux, C Giske, NP Govender, NAR Gow, J Guillot, T Harrison, M Hoenigl, DP Kontoyiannis, C Lass‑Flörl, T Le, R Li, N Medina, JF Meis, J Meletiadis, RO Oladele, L Ostrosky‑Zeichner, AK Patel, JR Perfect, F Queiroz‑Telles, JL Rodriguez‑Tudela, SM Rudramurthy, J Salmanton‑García, AR dos Santos, E Segal, A Seyedmousavi, Y Song, GR Thompson, A Vena, A Warris, NP Wiederhold, M Lackner.
Nature Medicine 32, 1586–1591 (2026) | DOI: 10.1038/s41591-026-04334-5
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